Documents pour «Université de Rouen Normandie»

Réponses immunitaires chez les plantes et les humains : du pareil au même ?

Maïté VICRE

48min43

La production des plantes de grandes cultures (pois, lin, colza, pomme de terre) est fortement affectée par des maladies occasionnées par les pathogènes du sol. Le système racinaire, bien que constituant la partie cachée des végétaux, joue un rôle clé dans les interactions plantes- microorganismes. Toutefois, la réponse immunitaire végétale au niveau de la racine reste peu étudiée. Une bonne connaissance des mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans la protection racinaire est donc nécessaire afin de développer de nouvelles stratégies de protection de culture respectueuses de l’environnement et de la santé humaine.
Des cellules particulières appelées « cellules frontières » situées à l’interface solracines assurent une fonction de « sentinelles » et contribuent à la protection racinaires. Ces cellules sont spécialisées dans la synthèse de molécules antimicrobiennes (protéines, phytoalexines, glycomolécules, ADN extracellulaire) et sont programmées pour être libérées dans la rhizosphère. Des résultats récents soulignent d’étonnantes similitudes entre le fonctionnement des cellules frontières dans la santé des plantes et la réponse immunitaire des neutrophiles chez l’homme.

Antonio Gramsci, le fondateur du communisme italien

Jean-Yves FRETIGNE

1h03min34

Dans son dernier ouvrage consacré à Antonio Gramsci (Étudier Gramsci publié aux Éditions Kimé en 2016), le regretté André Tosel donnait comme titre à son introduction, Gramsci, ce célèbre inconnu. Pourquoi cette réticence à étudier la vie de cet intellectuel et homme politique italien ? Les raisons en sont-elles méthodologiques ou en sont-elles politiques ? Gramsci n’est pas ce héros sanctifié par une littérature mais un homme de chair et d’os, dont il convient de restituer les combats personnels et politico-théoriques pour mieux comprendre la nouveauté, la portée et l’actualité des thèses qu’il défend dans ses cahiers de prison. Telles sont les ambitions de cette conférence.

Mai 68 revisité

Ludivine Bantigny

1h10min46

Cette intervention revient à l’événement 1968 dans ses projets, son inventivité et tout ce qui a été imaginé pour réellement « changer la vie » – on n’oubliera pas que ces mots étaient de Rimbaud. Elle décentre le regard hors de Paris pour valoriser d’autres scènes, sans négliger la capitale pour autant. Si l’événement ne brise ni toutes les barrières ni toutes les frontières, des univers sociaux se rencontrent, des potentialités s’entrouvrent,qui laissent apercevoir un monde différent. Les événements français de 1968 se lisent au prisme du monde où ils s’arriment. La dimension internationale est un enjeu pour nombre de protagonistes soucieux de s’insurger dans un mouvement de grand vent où les frontières indiffèrent. 1968 représente un refus du consentement à l’ordre établi et la mise en cause de ses dichotomies, entre ouvriers et étudiants, Français et étrangers, femmes et hommes, élèves et enseignants, médecins et patients… Il est pétri d’expériences sensibles et affectives. Émotions politiques, dans la joie soudain réveillée de bousculer l’ordre des choses et de l’imaginer autrement ; émotions également, dans la frayeur de certains, dans les tensions et les détestations attisées. Il s’agit donc aussi de donner plein crédit à ce qui est éprouvé, imaginé et ressenti.

La dépopulation des océans : contrôler et conserver les ressources marines au 18ème et 19ème siècles

Romain GRANCHER

52min25

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le mythe longtemps entretenu d’un « océan inépuisable » se fissure progressivement. En France, des « disettes de poisson » régulières amènent les contemporains à envisager la possibilité d’une « dépopulation » progressive de la mer. Face à ce constat, l’administration de la marine entreprend alors une vaste entreprise de réglementation des pratiques de pêche en usage sur les côtes du royaume. On considère en effet, au sommet de l’État, que les pêcheurs sont les premiers responsables de la destruction des ressources et de nouvelles mesures sont donc prises pour mieux encadrer les activités de cette population vivant aux marges du territoire. À la faveur de cette période apparaissent ainsi de nouvelles manières de gouverner la mer : légitimées au nom de « la conservation du poisson », elles se traduisent par une intervention croissante de l’État dans le fonctionnement coutumier des communautés locales, dont l’enjeu principal n’est pas tant la protection de la nature, que le contrôle du territoire national et de ses richesses.

A la recherche du plus court chemin

Thierry de la RUE

50min15

Les problèmes liés à la recherche du plus court chemin occupent les mathématiciens depuis des siècles, et conduisent à des développements variés dont nous allons discuter quelques aspects au cours de cet exposé.
Nous commencerons par aborder l’adage bien connu « le plus court chemin pour aller d’un point à un autre est la ligne droite ». Comment l’interpréter lorsqu’il n’y a pas de ligne droite, par exemple à la surface de la Terre, assimilée à une sphère ? Nous verrons que cela conduit à envisager d’autres géométries (sphérique, hyperbolique,...) dans lesquelles des propriétés qui nous sont familières depuis nos cours de mathématiques au collège ne sont plus nécessairement vraies. Nous verrons par exemple qu’il est possible de construire un triangle avec trois angles droits, ou de réaliser un pavage avec des pentagones réguliers.
Nous évoquerons également le cas où il y a plus que deux points à relier entre eux. Suivant les contraintes imposées, cela peut donner lieu à des problèmes dont on ne sait pas aujourd’hui donner la solution optimale.
Enfin nous nous intéresserons à la circulation automobile, où la longueur d’un chemin est plutôt mesurée par le temps mis à le parcourir. Nous présenterons le paradoxe de Braess, qui montre que dans certaines situation la construction d’une nouvelle route peut augmenter le temps de trajet moyen des usagers !

Jeanne d'Arc et Charles VII (février - juillet 1429) : une rencontre, un pari

Xavier HELARY

55min08

À partir de son arrivée à Chinon à la fin du mois de février 1429 et le sacre de Charles VII à Reims le 17 juillet suivant, Jeanne d’Arc est au premier plan, non seulement parce qu’elle se place entièrement dans l’action, mais encore parce qu’une intense entreprise de propagande met délibérément l’accent sur sa personne. Les victoires de la Pucelle sont abondamment diffusées auprès des partisans de Charles VII comme dans les cours d’Europe, notamment à la Curie et dans l’entourage de l’empereur Sigismond de Luxembourg. L’insistance de la propagande française sur Jeanne d’Arc a pour corollaire l’effacement de Charles VII. Absent des champs de bataille, le roi se refuse à entrer dans Orléans et se montre timoré dans la poursuite des opérations, pour revenir en pleine lumière après le sacre. C’est ce double mouvement d’exaltation de la Pucelle et d’éclipse de Charles VII qu’il s’agit d’exposer ici.

Les avant-gardes musicales, musique et politique

Christophe Bourseiller

51min42

Observateur attentif du monde musical, Christophe Bourseiller a montré, notamment dans son émission Musicus Politicus sur France Musique, les liens qui existent entre le pouvoir, ou les contre-pouvoirs et la composition. Contrairement à certaines idées reçues l’artiste ne vit pas isolé. Sa création entre en résonance avec le monde qui l’entoure et reflète, ou rejette, les esthétiques à la mode, les courants de pensée dominants comme les idéologies de passage. Il nous aidera à comprendre les liens entre les avant-gardes musicales et les courants politiques ou philosophiques qui leur sont contemporains.

Les bactéries : un nouvel organe du corps humain

Marc FEUILLOLEY

1h09min39

Depuis Pasteur, on a associé « bactéries » avec maladie, saleté, putréfaction et une multitude de choses toutes plus agréables. Ainsi, notre santé aurait nécessité leur élimination pure et simple. C’était sans oublier que pour plusieurs raisons nous sommes aussi des bactéries. Les cellules qui composent notre corps (cellules eucaryotes) sont en partie issues de bactéries. Qui plus est, le corps humain comporte environ 10 fois plus de cellules bactériennes que de cellules eucaryotes, soit environ 1,5 Kg de bactéries, dont l’essentiel est retrouvé dans l’intestin et la peau. Ces différentes populations bactériennes (microbiotes) vivent en symbiose avec notre organisme, communiquent avec, et dans notre sang circulent de nombreuses molécules d’origine bactériennes. Ces microbiotes nous sont indispensables et forment de véritables organes dont on commence à peine à comprendre l’importance.

Un monde sans esprit. La fabrique des terrorismes.

Roland Gori

1h00min39

Le terrorisme rationnel des machines et des algorithmes, la marchandisation de la culture, du soin et de l’éducation, tendent à priver les citoyens et les peuples de leurs passés comme de leurs avenirs. Grandes sont alors les tentations de renouer avec les racismes et les populismes nationaux, tribaux ou religieux. Le politique est en panne d’imagination autant que de courage. Il a pris le teint gris et résigné des marchés auxquels il s’est asservi. Dans ce monde de papier où règnent les chiffres et les abstractions, rien ne vit, rien ne désire, sauf les passions tristes de la haine et de l’oppression. Les fascismes émergent de ces idéologies meurtrières et exténuées. Ils les barbouillent aux sombres couleurs d’un autre âge, les rythment aux chants funèbres qui recouvrent les sirènes, toujours incertaines et imprévisibles, de l’amour et de la création. Pourtant, jamais autant qu’aujourd’hui, face à la prolétarisation généralisée de l’existence, les peuples ne se sont montrés affamés de nouvelles forces symboliques, de nouvelles fictions, pour vivre, désirer et rêver ensemble. Un message d’espoir parcourt l’ouvrage « Un monde sans esprit », au coeur de cette hégémonie culturelle désastreuse, et des crimes de masse qu’elle favorise, l’attente d’un nouveau pacte d’humanité s’exprime. Il exige, d’abord et avant tout, de réconcilier la politique et la culture, de sortir du «siècle de la peur» et de renouer avec l’expérience sensible d’une nouvelle révolution symbolique, qui donne au monde et à l’existence ce sens et cette cohérence politique et poétique dont nous sommes aujourd’hui orphelins.

Geste et pensée musicale : de l'outil à l'instrument

Hugues Genevois

1h07min05

Les univers sonores et musicaux qu’il nous est aujourd’hui donné à entendre, à penser, à aimer et, parfois, à subir, ont radicalement évolué au cours de ce siècle. Comment s’étonner, dès lors, que les gestes et les instruments nouveaux qu’ils mettent en jeu nous invitent à des interrogations sinon inédites, du moins renouvelées ? Ainsi, la notion même de geste musical est à repenser en regard de révolutions technologiques qui ont permis, au XXe siècle, la naissance de nouvelles lutheries. Les conséquences musicales de ces révolutions technologiques méritent en effet que l’on s’intéresse aux grandes étapes de ces transformations.

Les Normands en Italie du Sud et en Sicile (XIe-XIIe siècles)

Michèle GUERET-LAFERTE

1h08min11

En 1030, le duc de Naples donne au Normand Rainolf et à sa poignée de chevaliers mercenaires le territoire d’Aversa pour prix de leur aide militaire. Un demi-siècle plus tard, les Normands ont conquis toute l’Italie méridionale et la Sicile, et chassé les anciens maîtres : les Lombards, les Grecs byzantins et les Arabes. C’est l’étonnante histoire de cette conquête que nous évoquerons en nous appuyant principalement sur l’Histoire des Normands que rédige vers 1080 Aimé, moine du Mont-Cassin, et qui retrace le parcours singulier de deux de ses chefs, Richard de Capoue et surtout Robert Guiscard, le fils de Tancrède de Hauteville.

La culture équestre en Europe, utilité, pouvoir, connaissance

Daniel ROCHE

54min08

Les chevaux occupent désormais dans les sociétés occidentales une place originale. Ils ont disparu de l’activité et du travail, et l’écologie s’essouffle à leur retrouver une place. Ils se concentrent dans les fonctions de loisirs et de spectacles où l’on maintient l’Art équestre, élément d’un patrimoine culturel à entretenir. Enfin, autrefois dominée par les hommes, l’équitation s’est largement ouverte aux femmes mais sans hétérogénéité dans les pratiques et non sans conséquence sur le status de l’animal. En présentant l’évolution de la culture équestre occidentale de la Renaissance au XIXe siècle, on montre comment les chevaux ont été indissociables du développement des sociétés, de leur mythologie à leur dynamique quotidienne. Il s’agit, en regardant le fonctionnement des Sociétés à écuyer et le développement de la Raison équestre qui les animent, de retrouver les grandes dimensions d’une présence : l’utilité, avec le rôle central de l’animal de rente, le pouvoir avec l’affirmation d’un idéal et d’une mobilisation sociale et politique, la connaissance et la passion avec les liens tissés entre les chevaux avec la science, les sensibilités et les comportements.