Documents pour «Université de Rouen Normandie»

Les origines médiévales de la pensée économique

Sylvain PIRON

56min41

Si l’économie politique émerge comme une discipline autonome à la fin du
XVIIIe siècle, puis se constitue en science au cours du siècle suivant,
le réseau de concepts et de questions sur lesquels elle repose a des
origines bien plus anciennes. De façon très nette, un certain nombre de
mots émergent en Occident au XIe-XIIe siècles dans les pratiques
sociales et marchandes, puis sont pris comme objet de réflexion par les
juristes et théologiens du XIIIe siècle : valeur, industrie, capital,
risque, etc. Or, ces termes sont demeurés des notions cruciales de la
pensée économique jusqu’à aujourd’hui. Un retour sur leur moment
d’émergence et sur les premières analyses auxquels il ont donné lieu
permettra de comprendre l’intérêt que présente la pensée économique
médiévale. Par effet de contraste, celle-ci peut contribuer à mettre en
évidence les impensés et les impasses de la science économique
actuelle.

Clés d'écoute de la Passion selon Saint-Jean

Hélène DECIS-LARTIGAU

1h17min01

Tout juste nommé cantor de l’église Saint-Thomas de Leipzig, Jean-Sébastien Bach compose pour la semaine sainte 1724 sa Passion selon Saint-Jean,
une des deux seules du musicien qui nous soient parvenues aujourd’hui.
Naturellement, cette oeuvre raconte les souffrances du Christ depuis son
arrestation jusqu’à sa crucifixion et sa mort. Comme il lui était
défendu de composer des opéras, Bach met dans ces pages religieuses
toute la théâtralité que lui inspire cet épisode de l’évangile et sa
cantate exprime avec force le douloureux parcours du fils de l’homme.
Ainsi qu’elle l’avait fait l’an dernier pour l’Oratorio de Noël, Hélène
Décis-Lartigau nous servira de guide pour écouter toutes les finesses et
comprendre l’art du récit de Bach à travers cette partition hors du
commun.

Le harcèlement scolaire

Nicole Catheline

1h12min52

Tous les matins, Léo, onze ans, part pour l’école avec la boule au
ventre. Ses notes baissent. Il dort mal. Depuis six mois, ses camarades
l’humilient. Il est victime de harcèlement.
Moqueries, brimades,
coups, racket, insultes ou photos compromettantes postées sur les
réseaux sociaux… Le harcèlement scolaire, longtemps nié ou considéré
comme un rite de passage, se révèle pourtant lourd de conséquences.
Combien d’adolescents ont cru ne trouver d’autre échappatoire que dans
le suicide ? Combien d’enfants le « jeu du foulard » a-t-il tué ?
Dans
la cour de récréation comme sur Internet, le phénomène a pris une
ampleur inquiétante. Dysfonctionnement du groupe, climat scolaire
détérioré, intolérance, défaut d’empathie : les causes en sont
multiples. Mais le docteur Catheline entend réaffirmer qu’il n’est pas
une fatalité et fournit ici des clés essentielles pour sortir de cette
spirale infernale.

Transformations universitaires et évolution de la vie intellectuelle en France depuis les années 1880 jusqu'aux années 1960

Christophe Charle

1h04min33

Depuis la fin du XIXe siècle on ne peut comprendre la vie intellectuelle française sans la mettre en relation avec ce qui se passe dans l’enseignement supérieur. Celui-ci passe par de nombreuses réformes qui incitent les universitaires à sortir de leur enfermement érudit et scolastique. Cette sortie de la « tour d’ivoire » prend des formes très variées : invention de nouvelles sciences et de nouvelles disciplines, importations de domaines intellectuels absents de l’université, ouverture sur l’action et la formation des adultes, utilisation de l’université comme base de mobilisation idéologiques ou politique. Tout au long de cette période où la France affronte plusieurs guerres, elle est affectée par quatre changements de régime (IIIe République, Vichy, IVe République, Ve République) et les intellectuels sont plus engagés qu’à toute autre époque. Analyser ces interactions entre vie universitaire, vie intellectuelle et plus généralement vie sociale fournit une clé originale de lecture de la France contemporaine.

L'impossible commémoration de la guerre d'Algérie (De 1962 à nos jours)

Rémi Dalisson

1h27min42

Il s’agira de comprendre pourquoi la commémoration de la guerre
d’Algérie reste problématique en France, pays qui compte quatre dates
pour célébrer le conflit, le 11 novembre (commémoration de tous les
morts pour la France), le 25 septembre (Journée des Harkis), le 5
décembre (Journée d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord
et Algérie) et, surtout le 19 mars (Journée à la mémoire des victimes
civiles et militaires de la guerre d’Algérie).
Chacune de ces
dates, et particulièrement le 19 mars, déclenche son lot de polémiques,
parfois violentes, qui montrent que la mémoire ce conflit reste brûlante
plus de soixante ans après sa fin. Entre mémoires traumatiques,
instrumentalisations politiques, déni étatiques et résiliences, entre
commémorations spontanées et officielles, entre incidents et querelles
éditoriales, la commémoration de la guerre d’Algérie nous renvoie au
conflit entre histoire et mémoire, à la guerre elle-même et à toutes ses
questions, y compris celle de la torture et de l’abandon des Harkis,
bref au passé colonial de la France voire à son identité. En ce sens,
elle est un enjeu capital, à l’heure où le pays s’interroge sur ce qu’il
est dans un monde troublé par les replis identitaires et nationalistes.

Vivre au château en l'an mil

Luc BOURGEOIS

1h14min59

La fin du Xe siècle voit naître de nouvelles formes de résidences des
élites qui sont à la source des châteaux médiévaux. À partir de
l’exemple du castrum des comtes d’Angoulême à Andone (Charente), la
seule résidence princière de cette période qui ait fait l’objet d’une
fouille archéologique exhaustive, la conférence s’attachera à restituer
la vie quotidienne de deux générations d’occupants, entre 975 et 1025.
Les bâtiments en pierre protégés par l’enceinte et surtout les centaines
de milliers d’objets et fragments découverts permettent d’évoquer aussi
bien les activités liées à la condition aristocratique (guerre, chasse
et équitation, jeux de société, manières de table et objets précieux)
que du rôle du château comme centre de production et de consommation
(agriculture et élevage, artisanat, échanges), abritant un groupe aux
statuts sociaux variés.

1917, l'année des révolutions russes

Sophie COEURE

47min56

La conférence reviendra sur l’année 1917 marquée en Russie par les deux révolutions de Février et Octobre. À partir d’archives et de documents
inédits, on mettra en avant des événements méconnus, comme la floraison
démocratique du printemps 1917 et les élections à l’Assemblée
constituante.
Il s’agira aussi d’expliquer le triomphe des
bolcheviks dans le contexte de la Première Guerre mondiale et des
aspirations du peuple russe. Enfin, on reviendra sur la première
réception de la révolution en France et la naissance du mythe d’Octobre.

Le patrimoine de la recherche contemporaine : quelle sauvegarde ?

Isabelle ASTIC

58min23

En 2018, Résitech (Réseau Scientifique Industriel et Technique 1) fête sa dixième année. Ce réseau à vocation régionale est intégré au programme de la Mission nationale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain (PATSTEC) du Musée des arts et métiers-CNAM (www.patstec.fr).
Les objectifs de cette mission sont la sauvegarde du patrimoine matériel témoin de la recherche publique et privée (objets, archives) et du patrimoine immatériel(mémoire, et savoir-faire des acteurs). Ces travaux passent par la mise en oeuvre d’un inventaire au sein des laboratoires de recherche, de collectes d’archives orales et d’opérations de valorisation.
Comment sauvegarder patrimonialement des dispositifs expérimentaux complexes ?
À l’heure du « tout numérique », quid du matériel informatique ? Quelles sont les pistes de sauvegarde des objets dématérialisés, notamment des logiciels ?
Cette séance à deux voix propose un bref état des lieux et l’exploration de pistes, notamment à travers des réflexions sur le patrimoine de l’informatique.

Réponses immunitaires chez les plantes et les humains : du pareil au même ?

Maïté VICRE

48min43

La production des plantes de grandes cultures (pois, lin, colza, pomme de terre) est fortement affectée par des maladies occasionnées par les pathogènes du sol. Le système racinaire, bien que constituant la partie cachée des végétaux, joue un rôle clé dans les interactions plantes- microorganismes. Toutefois, la réponse immunitaire végétale au niveau de la racine reste peu étudiée. Une bonne connaissance des mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans la protection racinaire est donc nécessaire afin de développer de nouvelles stratégies de protection de culture respectueuses de l’environnement et de la santé humaine.
Des cellules particulières appelées « cellules frontières » situées à l’interface solracines assurent une fonction de « sentinelles » et contribuent à la protection racinaires. Ces cellules sont spécialisées dans la synthèse de molécules antimicrobiennes (protéines, phytoalexines, glycomolécules, ADN extracellulaire) et sont programmées pour être libérées dans la rhizosphère. Des résultats récents soulignent d’étonnantes similitudes entre le fonctionnement des cellules frontières dans la santé des plantes et la réponse immunitaire des neutrophiles chez l’homme.

Antonio Gramsci, le fondateur du communisme italien

Jean-Yves FRETIGNE

1h03min34

Dans son dernier ouvrage consacré à Antonio Gramsci (Étudier Gramsci publié aux Éditions Kimé en 2016), le regretté André Tosel donnait comme titre à son introduction, Gramsci, ce célèbre inconnu. Pourquoi cette réticence à étudier la vie de cet intellectuel et homme politique italien ? Les raisons en sont-elles méthodologiques ou en sont-elles politiques ? Gramsci n’est pas ce héros sanctifié par une littérature mais un homme de chair et d’os, dont il convient de restituer les combats personnels et politico-théoriques pour mieux comprendre la nouveauté, la portée et l’actualité des thèses qu’il défend dans ses cahiers de prison. Telles sont les ambitions de cette conférence.

Mai 68 revisité

Ludivine Bantigny

1h10min46

Cette intervention revient à l’événement 1968 dans ses projets, son inventivité et tout ce qui a été imaginé pour réellement « changer la vie » – on n’oubliera pas que ces mots étaient de Rimbaud. Elle décentre le regard hors de Paris pour valoriser d’autres scènes, sans négliger la capitale pour autant. Si l’événement ne brise ni toutes les barrières ni toutes les frontières, des univers sociaux se rencontrent, des potentialités s’entrouvrent,qui laissent apercevoir un monde différent. Les événements français de 1968 se lisent au prisme du monde où ils s’arriment. La dimension internationale est un enjeu pour nombre de protagonistes soucieux de s’insurger dans un mouvement de grand vent où les frontières indiffèrent. 1968 représente un refus du consentement à l’ordre établi et la mise en cause de ses dichotomies, entre ouvriers et étudiants, Français et étrangers, femmes et hommes, élèves et enseignants, médecins et patients… Il est pétri d’expériences sensibles et affectives. Émotions politiques, dans la joie soudain réveillée de bousculer l’ordre des choses et de l’imaginer autrement ; émotions également, dans la frayeur de certains, dans les tensions et les détestations attisées. Il s’agit donc aussi de donner plein crédit à ce qui est éprouvé, imaginé et ressenti.

La dépopulation des océans : contrôler et conserver les ressources marines au 18ème et 19ème siècles

Romain GRANCHER

52min25

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le mythe longtemps entretenu d’un « océan inépuisable » se fissure progressivement. En France, des « disettes de poisson » régulières amènent les contemporains à envisager la possibilité d’une « dépopulation » progressive de la mer. Face à ce constat, l’administration de la marine entreprend alors une vaste entreprise de réglementation des pratiques de pêche en usage sur les côtes du royaume. On considère en effet, au sommet de l’État, que les pêcheurs sont les premiers responsables de la destruction des ressources et de nouvelles mesures sont donc prises pour mieux encadrer les activités de cette population vivant aux marges du territoire. À la faveur de cette période apparaissent ainsi de nouvelles manières de gouverner la mer : légitimées au nom de « la conservation du poisson », elles se traduisent par une intervention croissante de l’État dans le fonctionnement coutumier des communautés locales, dont l’enjeu principal n’est pas tant la protection de la nature, que le contrôle du territoire national et de ses richesses.