Documents pour «Campus Condorcet – Paris-Aubervilliers»

La fin de l’empire soviétique était-elle inévitable ?

Marie-Pierre Rey

1h11min49

Marie-Pierre Rey, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
En décembre 1991, un peu plus de cinq ans après l’avènement de la Perestroïka gorbatchévienne qui s’était donné pour objet de la réformer en profondeur, l’Union soviétique implosait, entraînant avec elle, non seulement l’écroulement de la plupart de ses institutions mais également la disparition d’un univers mental qui participait de la légitimité du pays et en assurait la cohésion sociale. Sur le plan extérieur, les changements furent tout aussi rapides : désormais privé des références idéologiques qui avaient contribué à son expansion, contraint de renoncer au glacis est-européen et au réseau d’États clients du Tiers Monde qui lui avaient conféré une grande partie de sa puissance, le nouvel État russe se retrouva en quelques mois affaibli dans ses capacités d’influence, en proie à une profonde crise identitaire et exposé par ses nouvelles frontières à des voisins instables. Cette disparition dont les conséquences allaient être cruciales tant pour le pays lui-même que pour l’équilibre géopolitique mondial, était-elle inévitable et comment l’expliquer ? C’est à ces questions que l’on s’efforcera de répondre en s’appuyant sur les nombreuses sources aujourd’hui disponibles.

Cette conférence a été donnée le 12 février 2018 au Lycée Le Corbusier d'Aubervilliers.

Apocalypse et millénarisme dans l’histoire européenne

Jean-Claude Schmitt

1h19min50

Jean-Claude Schmitt, EHESS
Apocalypse, eschatologie, messianisme, millénarisme : pour comprendre ces mots toujours actuels, il faut remonter à leur source. Parmi les nombreuses révélations visionnaires qui fleurissent dans les milieux judéo-chrétiens entre le IIe siècle av. J.-C. et le premier siècle de notre ère, l’Apocalypse attribuée à Jean l’Évangéliste a joui d’un succès considérable qui ne s’est jamais démenti dans la tradition chrétienne depuis l’Antiquité tardive jusqu’au XVIIIe siècle au moins. En commentant ce texte et en le mettant en images, des générations de croyants ont spéculé sur la prédiction d’un retour sur terre du Messie (Parousie) à une date incertaine et ont vécu dans l’espérance d’un règne de paix de mille ans (millénium) précédant le Jugement dernier. Les interprétations divergentes quant à la date et à la nature du millénium ont donné lieu dès l’Antiquité tardive à des polémiques et à de nombreuses condamnations pour hérésie, mais ont encouragé aussi jusqu’à notre époque une prodigieuse inventivité théologique, imaginaire et même scientifique.

Cette conférence a été donnée le 15 Janvier 2018 à La Commune - Centre dramatique national d'Aubervilliers. 

Résister au désastre : des Aborigènes d’Australie à Notre-Dame-des-Landes

Barbara GLOWCZEWSKI

45min42

Barbara Glowczewski, CNRS


Si l’histoire occidentale a pensé l’homme comme « prisonnier » de climats, l’anthropologie montre que les perceptions du monde selon lesquelles l’homme peut agir sur les forces de la nature sont présentes depuis la nuit des temps. Un grand nombre de sociétés traditionnelles se reconnaissent ainsi à la fois des obligations de soin, notamment sous forme de rituels, et des interdits à respecter sous peine de perturber l’équilibre supposé entre tout ce qui existe, et provoquer ainsi diverses catastrophes, sécheresses, inondations, épidémies ou famine. Face aux menaces qui pèsent sur la terre du faitde l’effet destructeur de nos modes de vie dépendants des industries extractives et des énergies fossiles, il est urgent de réfléchir à la décroissance et aux formes d’alliance qui se multiplient avec les peuples autochtones dans la défense de leurs sites sacrés afin de permettre des modes d’existence alternatifs, reposant tant sur certains savoirs transmis que la capacité de tous à changer de monde. L’expérience des peuples aborigènes du désert central et des régions côtières d’Australie sera mise en écho avec la résistance des Amérindiens, notamment de Guyane française, ainsi que d’autres luttes, comme celle des habitants occupant Notre-Dame-des-Landes.

Expériences et imaginaires de la fin du monde au xxe siècle

Giordana Charuty

1h00min27

Giordana Charuty, EPHE
Au début des années 1960, l’anthropologue italien Ernesto De Martino entreprend une vaste enquête comparative sur les ressources culturelles offertes par plusieurs imaginaires de la fin du monde ou de la fin de l’Histoire : celui du christianisme primitif, celui des mobilisations millénaristes du Tiers Monde, celui du mouvement communiste international, celui de la modernité artistique et littéraire. Une définition de la culture comme ce qui préserve de la folie – entendue comme perte du rapport à soi et au monde – est au cœur de cette entreprise, qui fait suite à dix ans d’enquêtes ethnographiques dans l’Italie du Sud pour comprendre la rémanence de savoirs culturels, disqualifiés sous le nom de magie, destinés à prendre en charge des crises de l’existence individuelle. Mais la mélancolie de l’Occident aux prises avec des mondes finissants et une « transcendance vide », dont témoigne la littérature moderne, peut aussi accueillir des expériences existentielles qui renouvellent le vénérable genre littéraire désigné par le terme « apocalypse », pour relancer le temps en acclimatant de nombreux thèmes que l’on retrouve, aujourd’hui, au cœur de nos cultures populaires contemporaines.

7 milliards et demi d’humains en 2017… et combien demain ?

Gilles PISON

43min12

Gilles Pison, MNHN et INED


Sept milliards et demi d’humains en 2017… et combien demain ? Pendant des milliers d’années, l’homme a été une espèce rare dont le nombre augmentait lentement. Vers 1800 cependant, la population s’est mise à croître rapidement, d’abord dans les pays riches puis, à partir du XXe siècle, dans les pays pauvres. Cette période unique dans l’histoire de l’humanité devrait se terminer d’ici la fin de ce siècle ou au cours du XXIIe siècle. Quelles ont été les raisons de cette formidable croissance démographique ? Va-t-elle se poursuivre ? Comment s’explique la stabilisation annoncée ? À quoi ressemblera la population mondiale demain ?


Conférence donnée le 16 Octobre 2017 au Lycée Le Corbusier, Aubervilliers.

Un monde fini ? Le développement économique face à la crise environnementale depuis les années 1960

Dominique Pestre

51min42

Dominique Pestre, EHESS


La question environnementale devient centrale dans les années 1960. Elle est popularisée par des lanceurs d’alerte scientifiques et de nouvelles ONG. Les hommes politiques se saisissent de la question vers 1970 et agences et ministères sont créés. Les économistes sont placés en position de responsabilité et est énoncé le principe qu’il n’y a pas d’opposition entre croissance économique et protection de l’environnement. 
Vingt ans plus tard, du fait de la globalisation et de l’explosion des productions, la destruction des environnements paraît incontrôlable. Les grandes entreprises déclarent changer d’attitude et se mettre au coeur de la défense de l’environnement via un nouveau management et la mise en place d’audits. Une part d’entre elles, soutenues par les Républicains aux États-Unis, se lancent toutefois dans le climato-scepticisme et dénient l’urgence d’agir.
 Cette conférence entend décrire la variété des solutions proposées, mais aussi leur piètre efficacité comme les raisons permettant d’en rendre compte. Au cœur sont le refus de considérer la question des limites de Gaïa, l’autonomie des mondes économiques globaux et la marginalisation du politique.

Musulmans « ordinaires » d’Europe

Nilüfer Gole

58min34

Nilüfer Göle, sociologue, directeur d’études, EHESS La figure du migrant musulman en Europe est un sujet problématique, pris entre le djihadisme, l’échec d’intégration et l’incompatibilité des valeurs. Depuis les années 1980, indépendamment des différences nationales entre les modèles politiques d’intégration des migrants, notamment le modèle républicain et le multiculturalisme, l’islam pose problème et déclenche une série de controverses autour des signes du religieux. Ces débats attestent la présence des musulmans dans la vie quotidienne en Europe, leur intégration en cours et leur désir de participation aux affaires de la cité.  Qui sont ces musulmans au quotidien ? Comment vivent-ils les tensions entre leur visibilité islamique et leur citoyenneté ? C’est en interrogeant le processus en cours de transformation des migrants en musulmans « ordinaires », que nous examinerons le domaine de la contestation culturelle, des normes qui divisent, et débattrons des possibilités d’émergence d’une nouvelle culture publique en Europe.

Le modèle d’intégration et la France multiculturelle

Patrick Simon

1h06min34

Patrick Simon, directeur de recherche, INED. Il est banal d’affirmer en 2016 que la France est une société multiculturelle, c’est-à-dire que l’ampleur de la diversité ethnique et sociale de sa population transforme le cadre de société aux niveaux interpersonnels, institutionnels et nationaux. La plupart des débats politiques et de société de ces trente dernières années sont marqués par cette dimension. Non seulement la « question de l’immigration » s’est imposée au cœur de l’agenda politique, mais la diversité croissante de la population suscite des tensions autour de l’adaptation de la société française. L’actualisation du modèle politique et des représentations collectives, ce que l’on appelle l’identité nationale, est en jeu. Une société multiculturelle donc, mais qui en partie s’ignore, ou pour le dire autrement, où le pluralisme des références et pratiques culturelles font l’objet de négociations conflictuelles. Il peut sembler paradoxal que la question multiculturelle puisse susciter tant de débats et de conflits dans un pays où l’immigration est une donnée démographique et politique majeure depuis la fondation de la IIIe République en 1871. A l’aulne de ce siècle et demi d’expérimentation de la diversité, la crise permanente que traverse le modèle d’intégration depuis 30 ans est difficile à décrypter. La présentation se propose d’évaluer le modèle d’intégration à partir des résultats de l’enquête Trajectoires et Origines réalisée en 2008-2009 par l’Ined et l’Insee, en apportant quelques développements à propos de la Seine-Saint-Denis, véritable laboratoire où se reconfigure la synthèse multiculturelle.

La diaspora juive. Histoire et interprétations

Maurice KRIEGEL

37min15

La conférence se fixera un double objectif. D’abord, présenter l’histoire de l’éclatement diasporique : en remontant à ses origines, dès l’effondrement des royaumes d’Israël et de Juda aux temps bibliques ; en mesurant l’impact exact de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 sur la formation durable du fait diasporique ; en insistant, du point de vue des réimplantations géographiques, sur les principales scansions de cette longue histoire des diasporas. Ensuite, décrire l’univers de représentations liées à la dispersion - ses invariants comme ses renouvellements : binôme « exil et rédemption » ; explications théologiques de « l’exil », dans leur diversité ; discours concurrents nés lors des deux derniers siècles, à la suite de « l’émancipation » et de l’accession des juifs à la citoyenneté, selon les différents courants religieux — orthodoxie, ultra-orthodoxie, judaïsme libéral — et le sionisme.

Des « Grandes Invasions » aux « Migrations des Peuples » : histoire et usages idéologiques

Geneviève BÜHRER-THIERRY

55min44

L’image de la fin d’un empire romain décadent submergé par des hordes de barbares aux mœurs complètement différentes a été forgée au XVIIIe siècle, mais reste, aujourd’hui encore, très prégnante. Même si tous les historiens ne s’accordent pas sur toutes les questions soulevées par cette évolution, la remise en perspective des « grandes invasions » a permis de montrer toute la charge idéologique attachée à cette notion. L’objet de cette conférence sera de montrer comment s’est construite l’image des « grandes invasions », d’étudier les usages idéologiques qui en ont été faits notamment au XIXe siècle et d’évoquer les nouvelles interprétations de ce phénomène : on insiste désormais sur la lente construction d’une société « romano-barbare » au sein de laquelle les « Barbares » se sont progressivement acclimatés au monde romain sans le subvertir.

Vers une explosion des « migrations climatiques » ?

Jacques VERON

49min27

Une des conséquences majeures attendues du changement climatique est la montée du niveau de la mer, qui condamnera des populations de régions côtières ou d’îles sans relief à une migration forcée et définitive. Ces migrants quittant leur lieu de vie pour une raison liée au climat sont fréquemment qualifiés de « réfugiés climatiques », même si cette expression ne semble pas appropriée. Si le changement climatique se traduit aussi par des événements extrêmes plus fréquents, les déplacements de populations seront dans l’avenir de plus en plus nombreux, mais tout déplacement n’est pas une véritable migration. Les populations peuvent également adopter d’autres stratégies qu’une migration définitive en cas d’inondation ou de sécheresse de grande ampleur par exemple. Dans ces conditions, va-t-on vers une explosion des migrations climatiques ou plutôt vers d’innombrables déplacements, à une échelle souvent locale ?

Quelle place pour les mémoires des migrations à la Plaine-Saint-Denis ?

Evelyne RIBERT

1h03min21

Au cours des XIXe et XXe siècles, de nombreux immigrés se sont installés à la Plaine Saint-Denis. Alors que les initiatives visant à conserver et à valoriser les mémoires des migrations se multiplient en France, quelle place leur est accordée aujourd’hui dans ce quartier en pleine transformation sous l’effet de la rénovation urbaine ? Cette conférence prendra pour exemple le cas du secteur Cristino-Garcia-Landy, dénommé « la petite Espagne ». À partir de l’analyse des actions mémorielles menées d’un côté par la FACEEF, fédération d’associations espagnoles, de l’autre par la maison de quartier du Landy autour de la mémoire du quartier avec la réalisation d’une fresque et d’un livre, il s’agira de s’interroger sur les enjeux et les effets de ces initiatives. Quelles mémoires des migrations sont mises en avant ? Quels usages en font les pouvoirs politiques locaux ? Ces mémoires sont-elles vraiment valorisées ou sont-elles instrumentalisées dans le cadre de la rénovation urbaine ? Constituent-elles enfin une réelle reconnaissance d’une mémoire migratoire ou la simple célébration de l’intégration locale ? Des comparaisons seront effectuées avec des initiatives analogues menées dans d’autres villes et régions.